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Cryptomonnaie : le bitcoin peut-il devenir une vraie monnaie ?

Le bitcoin, la plus importante des cryptomonnaies, a connu une augmentation fulgurante de son prix en quelques semaines. Considéré comme vraie monnaie par certains, alternative à l’or pour d’autres, le bitcoin est-il plus qu’un actif spéculatif risqué ?

Le bitcoin, qu’est-ce que c’est ?

Le bitcoin a été créé en 2009 par un anonyme, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto.

Le bitcoin est souvent qualifié de cryptomonnaie, ou monnaie virtuelle. Nous verrons dans la suite de cet article que le terme de monnaie est probablement prématuré.

La création du bitcoin fait suite à la crise financière de 2008. Dans sa philosophie initiale, le bitcoin pouvait probablement s’apparenter à un « projet monétaire » visant à créer une monnaie répondant aux principes suivants :

  • la dérégulation : le bitcoin veut s’affranchir des intermédiaires (banques et tiers de confiance dans les paiements traditionnels), et de toute régulation des Etats et des banques centrales
  • un moyen de paiement adapté au monde de l’internet, c’est à dire : une monnaie transnationale, et une monnaie protégeant les libertés individuelles en fournissant un certain degré d’anonymat (non pas spécifiquement pour des activités illégales, mais parce qu’il n’est pas possible de payer en cash sur internet, et qu’avec l’augmentation du e-commerce, les intermédiaires financiers, qu’ils soient publics ou privés, recueillent de plus en plus de données personnels sur leurs clients aujourd’hui)
Bitcoin : un moyen de paiement sur internet.
Le bitcoin a été créé en 2009 par un anonyme, Satoshi Nakamoto, avec comme projet de devenir une monnaie dérégulée et adaptée à internet. Photo : Aleksi Räisä / Unsplash.

Néanmoins, le bitcoin aujourd’hui semble s’éloigner de ce projet initial, car il ressemble plus à un actif spéculatif. Il reste aussi l’un des moyens de paiement privilégié pour les activités cybercriminelles (telles que les attaques par ransomware), même si sur ce point le cash a également toujours servi à l’économie illégale. Les transactions illégales en bitcoin représentent d’ailleurs une petite partie de l’ensemble des transactions de la cryptomonnaie.

Le bitcoin repose sur la technologie de la blockchain: elle permet de valider et d’authentifier les transactions réalisées en bitcoin, via des lois algorithmiques, au travers de différents blocs reliés entre eux. Ainsi, l’ensemble des transactions réalisées en bitcoin se retrouvent dans un grand livre de comptes public et infalsifiable (par opposition au système de paiement traditionnel, où c’est la banque qui est seule capable de dire le solde présent sur un compte. La série tv Mr. Robot s’attardait justement à projeter ce qu’il pouvait se passer dans le cas où ne banque perdait l’intégralité de sa base de donnée).

Par construction, il faut aussi savoir que le nombre total de bitcoins qui pourra être émis est figé et connu à l’avance : 21 millions de bitcoins (qui seront émis intégralement vers 2140, plus le temps passe et plus le rythme d’émission des bitcoins diminue)

Comment expliquer la flambée récente du prix du bitcoin ?

Le cours du bitcoin est particulièrement volatile. Si l’on regarde le cours du bitcoin sur les 4 dernières années :

  • début 2017, 1 bitcoin valait 1 100 €
  • fin 2017, le bitcoin est monté à près de 17 000 €
  • il s’est ensuite effondré assez rapidement début 2018 en redescendant vers les 3000 à 4000 €
  • début 2020, 1 bitcoin valait dans les 7 300 €
  • il s’est enflammé sur les derniers mois, et en particulier les dernières semaines, pour monter à près de 48 000 € avant de redescendre un peu

Il y a plusieurs raisons qui expliquent cette hausse vertigineuse récente du bitcoin :

  • une augmentation de la demande : depuis quelques temps, des investisseurs institutionnels s’intéressent au bitcoin, alors qu’ils étaient réticents par le passé du fait des activités cybercriminelles autour du bitcoin. De même, des entreprises ont récemment décidé d’investir une partie de leur trésorerie dans le bitcoin (Tesla notamment qui a fait la une de l’actualité sur ce sujet)
  • un manque de liquidité du bitcoin : malgré tout, le marché du bitcoin a encore un problème de liquidité. Cela signifie que lorsqu’un acteur décide de faire une transaction pour un volume important, le cours du bitcoin évolue rapidement car il n’y a pas assez de liquidité entre les vendeurs et les acheteurs. A titre d’information, on estime qu’environ 40% des bitcoins sont détenus par seulement un millier de personnes, ce qui ne contribue pas non plus à la liquidité (et pose la question de la possibilité de manipulation des cours)
  • une forte spéculation : les gens investissent dans le bitcoin car ils espèrent faire des profits (en prenant un risque important de perte compte-tenu de la volatilité). Quand Elon Musk ajoute #bitcoin dans sa biographie Twitter, le prix du bitcoin connaît une progression de 20% en quelques heures à peine.

Le bitcoin peut-il devenir autre chose qu’un actif spéculatif ?

C’est l’une des grandes questions autour du bitcoin. On entend souvent que le bitcoin est une monnaie, ou une réserve de valeur, mais est-ce vraiment le cas ?

Ci-dessous plusieurs points à noter, et qui font que selon moi le bitcoin reste aujourd’hui principalement un actif spéculatif, et qui aura des difficultés à devenir plus.

La régulation, une nécessité pour une monnaie

Le bitcoin veut être une monnaie sans régulation. Mais n’est-ce pas le propre d’une monnaie d’être régulée?

En France, la monnaie est définie par le code monétaire et financier : c’est lui qui dit que l’Euro est la monnaie du pays.

Si le bitcoin devait se généraliser comme moyen de paiement, aucun Etat ne laisserait cela se faire sans mettre en place une régulation. C’est une question de souveraineté nationale.

Bitcoin et monnaie traditionnelle (dollar).
Le bitcoin peut-il devenir une monnaie s’il n’y a pas de régulation ? Photo : Bermix Studio / Unsplash.

Et c’est également un enjeu lié aux politiques monétaires qui sont du ressort des banques centrales (BCE en Europe, Fed aux Etats-Unis, etc.). A la tête de la BCE, Christine Lagarde a récemment déclaré sur le bitcoin que si celui-ci devenait une monnaie, il devrait se plier aux mêmes règles que les autres monnaies.

Par ailleurs, l’absence d’intermédiaires sur le bitcoin pose aussi la question de la protection des utilisateurs (piratage, cas des faillites des plateformes d’exchange, etc.).

Le problème de la grande volatilité du bitcoin

Qui peut vouloir d’une monnaie dont la valeur peut prendre ou perdre plusieurs dizaines de pourcents en quelques heures ? Une monnaie se doit d’être stable, c’est l’une de ses principales caractéristiques.

Or le bitcoin est tout sauf stable : c’est un actif d’une très grande volatilité.

Comment une entreprise peut-elle généraliser un paiement en bitcoin sur ses produits s’il n’y a pas de stabilité? Ou raisonnons autrement : qui accepterait un salaire en bitcoin sans cette stabilité? C’est pourtant ce que la mairie de Miami envisage après ces quelques folles semaines sur le bitcoin. Mais en 2017 par exemple, le bitcoin avait atteint les 17 000 dollars, pour perdre une très grande partie de sa valeur en quelques jours. Pas sûr que beaucoup d’employés soient intéressés par une fiche de salaire en bitcoin, dont le cours peut s’effondrer quelques jours après et rendre la fin du prochain mois difficile pour payer les factures.

Volatilité du bitcoin.
Le bitcoin est particulièrement volatile : sa valeur peut prendre plusieurs dizaines de % à la hausse ou à la baisse en quelques heures seulement. Photo : Nick Chong / Unsplash.

Le bitcoin comme réserve de valeur ?

Le bitcoin peut-il être une réserve de valeur ?

C’est quelque chose que l’on entend souvent, notamment sur le fait que le bitcoin est un or numérique : il pourrait protéger la valeur et le pouvoir d’achat, par rapport à d’autres référentiels qui perdraient de leur valeur, ou par rapport à l’inflation.

D’ailleurs, la quantité limitée et figée de bitcoins qui pourront être émis (21 millions) conforte cette comparaison à l’or.

C’est ce que laisse penser les quelques entreprises qui ont investi une partie de leur trésorerie (Tesla notamment), considérant que leur trésorerie en dollars perdait de la valeur avec la baisse de la valeur du dollar.

Il est vrai que les politiques monétaires des banques centrales sur les dernières années peuvent soulever des questions quant à l’évolution future de la valeur de nos monnaies traditionnelles. Mais il y a plusieurs réserves à noter pour envisager le bitcoin comme réserve de valeur :

  • sa forte volatilité : il est difficile de considérer que l’on protège une valeur alors que le cours du bitcoin peut s’effondrer du jour au lendemain
  • la temporalité et l’échelle de temps : le bitcoin est récent, à peine 10 ans (création en 2009), contrairement à l’or qui est utilisée depuis 5000 ans par les civilisations dans le monde entier comme valeur d’échange
  • la concurrence : il existe plus de 3000 cryptomonnaies, et des nouvelles voient le jour chaque année. Dans ce contexte où de nouvelles cryptomonnaies apparaissent tout le temps, cela soulève des questions sur la pérennité du bitcoin.
Bitcoin et or.
Bitcoin, nouvel or numérique? Ce n’est pas forcément si immédiat. Photo : Aleksi Räisä / Unsplash.

Le bitcoin présente cependant une facilité d’achat par rapport à l’or, par la possibilité d’acheter en plus petit montant. En revanche, son stockage nécessitera une attention particulière, tout comme l’or, afin d’éviter la perte ou le vol de l’actif.

Quelle valeur intrinsèque pour le bitcoin ?

C’est l’une des grandes questions autour du bitcoin et de son avenir. Le bitcoin a t’il une valeur intrinsèque ? Ou sa valeur n’est-elle que le résultat du marché de l’offre et de la demande autour de la spéculation sur cet actif?

L’économiste et Prix Nobel français, Jean Tirol, déclarait fin 2017 à propos du Bitcoin :

Sur la question de la durabilité, le bitcoin est une pure bulle, un actif sans valeur intrinsèque – son prix tombera à zéro si la confiance disparaît.

Jean Tirol (Prix Nobel d’Economie) à propos du bitcoin fin 2017

Le patron de JP Morgan avait également qualifié le bitcoin d’ « arnaque » en 2017. Néanmoins, JP Morgan a nuancé sa position depuis, indiquant que le bitcoin aurait une valeur même si difficile à évaluer. La banque UBS, de son côté, maintient encore récemment que le bitcoin est une bulle spéculative, qui risque d’exploser si le bitcoin n’atteint pas un positionnement clair et reconnu comme remplaçant de l’or dans le futur (tout en précisant que la grande volatilité du bitcoin était un frein important pour qu’il vienne remplacer l’or).

Le bitcoin à contrecourant du défi environnemental

Le bitcoin est grandement énergivore. Cela tient au fonctionnement de sa blockchain par Proof of Work (preuve de travail): les validations des transactions nécessitent des calculs informatiques puissants. Ces calculs sont effectués par des mineurs, qui touchent en contrepartie une commission.

On estime que pour valider une transaction en bitcoin, il faut à peu près l’énergie consommée en 2 semaines par un ménage français.

Rig de minage de cryptomonnaies.
Exemple d’un rig de minage. Le bitcoin est une cryptomonnaie Proof of Work. Des « mineurs » sont nécessaires pour valider et authentifier les transactions, utilisant du matériel informatique puissant et donc consommant beaucoup d’électricité. Photo : Brendan Lim / Flickr.

Alors que l’humanité fait face à un défi environnemental sans précédent et qui s’accélère, comment le bitcoin peut-il se généraliser comme moyen de paiement tant qu’il fonctionnera en Proof of Work?

Kevin
Kevin
Créateur et rédacteur du blog. Enthousiaste des nouvelles technologies.

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