Mis à jour le 5 juin 2017 | Publié initialement le 10 avril 2010

Le site WikiLeaks revient ces derniers jours sur le devant de la scène, avec sa dernière publication: la vidéo (classifiée) d’une bavure de l’armée américaine en Irak il y a quelques années, où 2 journalistes de Reuters sont pris involontairement pour cible par un hélicoptère de combat américain. Comment ce site spécialisé dans la diffusion d’informations sensibles peut-il s’articuler avec le journalisme traditionnel?

WikiLeaks a été créé afin de permettre aux visiteurs de diffuser des informations et documents sensibles dans l’anonymat le plus complet. Littéralement:

  • wiki: site web dont le contenu est modifiable par tout ou partie des visiteurs
  • leaks: en anglais, la divulgation d’information ou de document

Le site a été créé entre autres par des mathématiciens: les technologies mises en place afin de permettre au visiteur l’envoi de document dans l’anonymat sont entre autres dérivées du surf anonyme.

Le site à lui seul constitue-t’il vraiment une nouvelle forme de journalisme? Les journalistes d’investigation ont toujours accordé une importance primordiale à la protection de leurs sources. WikiLeaks apporte une réponse à cette problématique, en mettant à profit le web et ses ressources infinies. Il s’agirait plutôt ici d’un moyen, et non d’une fin en soit.

Cette question est beaucoup plus large que le simple périmètre de WikiLeaks; ce qui est sous-jacent, c’est bien évidemment le rôle du Web 2.0 dans l’évolution du journalisme. Les buzz sont souvent repris par les media traditionnels: le Web 2.0 est devenu une source d’information gigantesque dans le monde… si ce n’est que des dépêches AFP et Reuters constituent un gage de validité de l’information, ce qui est loin d’être le cas pour le Web 2.0! L’essence même du journalisme reste finalement inchangée: la vérification des sources, la consolidation, et son interprétation. C’est ce qui différencie le journalisme de qualité du journalisme moins sérieux (voir cet article précédent)

On pourrait donc penser que WikiLeaks n’est qu’un moyen de diffusion d’informations sensibles, par des sources souhaitant conserver impérativement l’anonymat: à charge aux media traditionnels de « capter » l’information afin d’y apporter le travail de journalisme nécessaire et indispensable. On pourrait penser que c’est ce qui s’est passé pour la vidéo d’Irak, et c’est d’ailleurs comme cela que plusieurs chaînes TV ont traité cette information à juste titre. La vidéo a été largement diffusée par extraits, commentée et analysée par les medias télévisuels (je ne la joindrai pas à cet article: ce n’est pas l’objet, et elle est de plus susceptible de heurter la sensibilité de certains visiteurs – vous pouvez la consulter directement sur WikiLeaks). Cependant, la vidéo publiée par WikiLeaks n’est pas « brute »: il ne s’agit pas de la vidéo classifiée d’enregistrement à bord de l’hélicoptère telle quelle; elle est déjà interprétée. Or si les annotations sur les images embarquées peuvent paraître objectives, la réalisation du début et de la fin de la vidéo l’est beaucoup mois… Sur cet exemple, WikiLeaks déborde très largement la simple diffusion d’information pour empiéter sur le journalisme… ce qui n’est a priori par le rôle qu’il s’est défini…

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