S’informer moins mais s’informer mieux

Les technologies modernes ont décuplé notre accès à l’information. Au point que nous y sommes submergés en permanence. Il est temps de revenir à une consommation plus rationnelle de l’information.

L’économie de l’attention au centre du problème

Pendant des décennies, la TV et la radio ont régné en maître sur le modèle économique de l’attention. Le principe est simple : offrir des contenus gratuits pour accaparer votre attention et ainsi vendre du « temps de cerveau disponible » à des annonceurs (selon les propres termes d’un patron de chaîne TV) .

Les réseaux sociaux sont ensuite apparus.

Ces derniers ont repris le modèle économique de la TV et de la radio, mais en le poussant à son paroxysme. Les réseaux sociaux ont volontairement décuplé les stratégies et mécanismes d’addiction, quitte à exploiter sans scrupule des biais cognitifs. C’est ainsi qu’on est venu à parler de « brain hacking », littéralement le piratage de cerveau. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, en témoigne la façon dont TikTok a encore poussé les mécanismes d’addiction plus loin que ses ainés comme Facebook et X (ex Twitter).

Le brain hacking désigne l'exploitation de biais cognitifs, par exemple pour les réseaux sociaux, pour augmenter l'addiction.
Les réseaux sociaux ont exploité des biais cognitifs pour développer l’addiction (Image générée par IA)

Ce développement, accompagné en même temps par l’avènement du smartphone, a complètement changé le paradigme. Il est fini le temps où c’est nous qui allons chercher l’information. Désormais, c’est l’information qui vient à nous et en permanence.

Face à cette attaque sur leurs propres terres, les médias traditionnels ont dû s’adapter pour défendre leur audience, et avec elle leurs revenus (la publicité). Leur stratégie de défense a notamment consisté à faire la course avec les réseaux sociaux.

C’est ici que les choses ont commencé à basculer : bandeau « alerte info » 24h/24 sur les chaines d’info en continu, clickbait (pièges à clics) sur les titres d’articles en ligne, contenu éditorial basé principalement sur les topics tendance des réseaux sociaux sans forcément rester vigilant à la représentativité dans le débat public.

Mais cette course sans fin ne peut être équitable pour le 4ème pouvoir (les médias). D’abord, parce que les médias vérifient et analysent l’information avant de la diffuser (c’est bien leur métier et heureusement). Ensuite, parce que leur média de diffusion ne s’appuie pas sur des mécanismes et algorithmes aussi poussés que les réseaux sociaux.

Comment mieux s’informer ?

Est-ce à dire que nous devons accepter la situation sans avoir notre mot à dire ?

Le rôle des médias est plus que jamais vital. Avec l’avènement de l’IA, nos sociétés risquent en effet de plonger dans une nouvelle ère de la désinformation. La vérification des informations et la fiabilité des sources doivent redevenir une priorité dans notre consommation de l’information.

A nous de changer nos modes de consommation de l’information, à la fois pour préserver ce qui est le plus important pour nous (notre temps), et aussi pour se protéger du risque de désinformation.

Mais comment faire ?

Désactiver les notifications sur son smartphone

Au début de l’ère du smartphone, les marketeurs déconseillaient de pousser plus d’1 notification par semaine, de peur de lasser l’utilisateur. Ce temps semble bien loin. Désormais nous recevons des dizaines de notifications par jour. Le but de ces notifications est majoritairement le même : accaparer notre attention. Et parmi les notifications les plus nombreuses, toujours les mêmes applications : les réseaux sociaux, et les applications de média et d’actualités.

Personne sur le quai de la gare et consultant son smartphone.
Les notifications sont les principales responsables du fait que l’information vient à nous permanence, et non nous qui allons à l’information quand on le souhaite (Photo : Daria Nepriakhina ua / Unsplash)

Pour respirer face à l’information, désactiver les notifications de ces applications est un bon début. Le principe est simple : c’est vous qui allez à l’information aux moments que vous décidez, et non l’information qui vient à vous à n’importe quel moment de la journée.

Pas de réseaux sociaux le matin

Le matin est le moment où le cerveau est le plus reposé et disponible pour réaliser les tâches les plus importantes.

Ne pas consulter de réseau social avant 13h reste un bon geste d’hygiène numérique.

L’information peut-elle être encore gratuite?

Nous avons été habitués à la gratuité avec le web. Google est gratuit, Gmail est gratuit, Facebook est gratuit. Et maintenant : ChatGPT est gratuit, Bard (l’IA de Google) est également gratuit.

Ce que les géants de la tech ont bien omis de nous dire pendant des années, c’est que cette gratuité avait un prix : nos données personnelles. Ces données dont ils ont besoin à la fois pour vivre grâce à l’économie de l’attention, mais aussi pour alimenter leurs intelligences artificielles de sorte à maintenir leur hégémonie pour toujours plus accaparer notre attention (donc leurs revenus).

Pourtant, le vent commence à tourner lentement. Facebook est notamment en train de proposer prochainement un abonnement mensuel qui permettra de supprimer la publicité.

Edition de la presse écrite.
La presse écrite payante : un modèle plus vertueux ? (Photo : Bank Phrom / Unsplash)

En matière d’information, j’ai tendance à penser aussi que le vent commence à tourner. L’information gratuite ne peut pas être l’unique source d’information. Car la gratuité soulève à nouveau la question de son financement : la publicité, c’est à dire l’économie de l’attention, c’est à dire la course avec les réseaux sociaux.

Pour sortir de cette spirale, alors l’information doit trouver ses revenus ailleurs. La presse écrite a été mise grandement en difficulté sur cette dernière décennie. Pourtant, son modèle semble plus vertueux : d’abord parce que le principe d’abonnement permet de rémunérer les journalistes pour leur travail, ce qui limite donc la recherche de financement par d’autres biais. Ensuite, parce qu’elle permet un temps de recul entre l’information et sa diffusion.

Le retour des newsletters

La newsletter vous paraît d’un autre temps? Et pourtant, elle a largement fait ses preuves.

Outil indispensable au tout début du web, elle permettait de s’abonner sur des sujets spécifiques qui nous intéressaient.

La newsletter revient de plus en plus ces derniers temps. Probablement parce que de plus en plus de gens aspirent à nouveau à une consommation plus rationnelle de l’information.

Citons par exemple l’excellent Brief.me : une newsletter payante qui vous donne tous les jours un condensé de l’actualité nationale et internationale.

Besoin ou envie de suivre un sujet spécifique? Là encore, il y a de fortes chances que des newsletters spécialisées existent

La revue de presse pour diversifier ses sources

Diversifier ses sources d’information est un bon moyen de ne pas rester dans une bulle de contenu (ce phénomène qui a été exacerbé par les algorithmes des réseaux sociaux, en nous emprisonnant dans des contenus ciblés en fonction de notre profil).

Magasines en vente en kiosque.
Diversifier ses sources d’information pour mieux s’informer (Photo : Markus Spiske / Unsplash)

En France, l’un des médias qui s’est spécialisé dans ce domaine est le Courrier International, qui reprend des articles de presse du monde entier. Toujours avec une attention particulière sur l’importance des sources, le Courrier International fournit systématiquement un descriptif du journal mentionné, notamment avec son courant politique.

Si vous parlez anglais, l’application Informed s’est également spécialisée en la matière, en fournissant des articles de la presse internationale. Chaque jour, l’application propose une sélection d’article. Il est également possible de choisir des thèmes préférés en parallèle du brief quotidien proposé. Chaque article proposé présente un résumé, et il est possible de consulter l’article dans le détail.

Kevin
Kevin
Fondateur et rédacteur de ce blog. Je suis un enthousiaste des nouvelles technologies et partage ici des conseils sur la high-tech au travers de guides d'achat, tests de produits et tutoriels.

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